Gachet SA, menuiserie à Fribourg pour votre charpente, vos fenêtres, vos portes et agencements en bois.

La Gruyère

 

Le Gruyère est un fromage parmis les plus connus et réputés au monde

Il tire son nom de cette région située au sud du canton, au pied des pré-Alpes avec ses sommets fameux tels que le Moléson, le Vanil Noir et le Gastlosen, où les vaches noires et blanches de la race fribourgeoise, donnent le lait riche qui sert à la fabrication du magnifique gruyère et du délicieux vacherin.

Ancienne capitale du Comté de Gruyères, le village de Gruyères est aussi réputé pour son château, l'un des plus beaux de Suisse, ses rues bordées d'échoppes artisanales et bien sûr ses fromageries que l'on peut visiter.

Plus loin, vers l'est, à Groc, le visiteur à l'obligation de voir la fabrique de chocolats Nestlé et Electrobroc, le Centre d'Information sur l'Energie.

Bulle, Chef lieu de la Gruyère, possède un superbe musée gruérien qui renferme également, une belle collection d'objets de l'art populaire et une salle consacrée à Valotton, Courbet et Corot.

A Jaun, village germanophone, on peut admirer, sur les tombes du cimetière, les croix sculptées dont les motifs retracent les moments les plus importants de la vie du défunt.

Jaun, possède également un vaste domaine skiable, avec notamment une piste éclairée et une école de ski.

Bulle elle, est fameuse pour son marché aux taureaux et les chants folkloriques composés par l'abbé Bovet, auteur de chansons fribourgeoises et suisses très célèbres.

Voilà, pour les principales villes et villages de la Gruyère. Une région qui se veut résolument avant-gardiste tant dans le domaine de l'innovation industrielle que dans celui de la création artistique. Mais aussi un pays de traditions anciennes bien ancrées dans la mémoire collective quc tout un chacun se fait un devoir de respecter et de perpétuer.

Ainsi, la désalpe de Charmey

Ce retour des troupeaux de l'alpage a lieu, traditionnellement chaque année, le premier samedi du mois d'octobre. A cette occasion, le spectateur peut faire connaissance avec les "armaillis" habillés de leur "bredzon" et les "dzaquillon" dont sont vêtues les dames.

Les vaches quant à elles, portent au cou de superbes cloches carillonnantes et au front des fleurs aux couleurs vives. C'est aussi en octobre, après la descente de l'alpage qu'à lieu au foyer où est revenu l'armailli un repas pantagruellique préparé de longue date par son épouse.

Un repas qui selon la coutume doit durer au moins six heures !...
Voilà rapidement brossé le portrait du Fribourg des loisirs et du tourisme.
Un portrait très exhaustif mais qui vous donnera sûrement l'envie de vous arrêter dans cette très belle région de la Suisse.
Car, ne l'oubliez pas, Fribourg vaut le détour...

 
Gruyères - Moléson

Gruyères, cité médiévale très bien conservée, est bâtie sur une colline. Point de voiture en son enceinte. Les milliers de visiteurs qui chaque année s'arrêtent à Gruyères, peuvent ainsi librement contempler les façades des maisons contiguës qui conduisent au Château, où ils pourront admirer les objets et les collections qui rappellent la vie des comtes de Gruyères, les expositions temporaires aussi. Gruyères est une cité d'accueil, avec ses hôtels, ses restaurants, ses boutiques.

Au pied de la colline, à Pringy, une fromagerie de démonstration instruit le visiteur sur les procédés de fabrication du Gruyère. Lieu d'excursion en été, le Moléson (2002 m.) offre en hiver de magnifiques champs de ski. Un téléphérique transporte les visiteurs jusqu'au sommet de l'imposant massif. Le point de vue est alors magnifique: le Titlis, en Suisse centrale, le Wetterhorn dans l'Oberland bernois, le groupe de la Jungfrau, les 4'000 valaisans, avec les Dents du Midi, le Mont-Blanc, les Alpes savoyardes dominant le Léman, le Jura et les Lacs de Neuchâtel, Morat et Bienne et le Plateau.

Bulle

Chef-lieu du district
de la Gruyère, la ville de Bulle a été détruite par un incendie en 1805. La reconstruction a permis de créer de larges rues. Le Château du Xllle siècle, qui abrite la préfecture, la tour maîtresse et le Couvent des Capucins tout proche ont été épargnés par les flammes. Cité commerçante et industrielle, lieu de foire renommé, Bulle peut s'enorgueillir de posséder un musée populaire très riche et une bibliothèque régionale de grande valeur. Un nouveau bâtiment abritera dès 1978 ces deux institutions. Bulle possède de bons hôtels, une piscine en plein air et une piscine couverte, un manège et des courts de tennis. Lieu de vacances et de sports, on trouve encore, sur les pentes de La Chia des installations de remontées mécaniques pour la pratique du ski en hiver.

Le Lac de la Gruyère, bien qu'il soit un lac artificiel, est un véritable joyau. II recouvre, sur le lit de la Sarine, une surface d'environ 10 km2, allant de Broc au barrage de Rossens. II est entouré de villages accueillants et pittoresques: Morlon, Vuippens avec ses deux châteaux, Gumefens et Sorens, deux centres de tourisme familial, Avry-devant-Pont et, de l'autre côté, La Roche, Corbières, Villarvolard et Botterens dont on peut admirer les nombreuses et anciennes maisons paysannes.

La Vallée de la Jogne

Broc est un grand village placé sur une échine lui assurant une vue superbe sur Gruyères, le Moléson et la plaine des Marches. On y trouve la fabrique de chocolat Nestlé, implantée en 1898 pour utiliser le lait de la Gruyère. Broc est le point de départ d'une intéressante promenade dans les Gorges de la Jogne. Cet itinéraire particulièrement attractif conduit au barrage de Montsalvan et au lac du même nom.

Plusieurs villages (Châtel-sur-Montsalvan, Crésuz, Cemiat) accueillent de nombreuses résidences secondaires, offrant la tranquillité dans une nature jalousement conservée et de nombreux buts d'excursions. Au fond du vallon du Javroz il y a le couvent de la Valsainte, de l'ordre des Chartreux, fondé en 1295. Charmey s'est largement ouvert au tourisme, préservant toutefois son pittoresque d'antan. Une piscine couverte, une télécabine transportant le voyageur au sommet de Vounetze à 1'626 m d'altitude, des téléskis et, dans le domaine de l'hébergement, de petits hôtels, de nombreuses résidences secondaires et plusieurs maisons de vacances pour groupes constituent une offre touristique attrayante. Charmey est également apprécié en toute saison: l'hiver pour la qualité de son domaine skiable, les autres saisons, pour les promenades nombreuses et variées qu'offre la région.

La découverte des Mortheys, magnifique réserve naturelle, avec ses plantes rares, ses marmottes, ses chamois ou ses bouquetins est une randonnée certes assez longue, mais d'un très grand intérêt. Bellegarde (Jaun) est la dernière localité fribourgeoise sur la route de Boltigen (BE), par le col du Jaun. C'est un village pittoresque, aux anciennes demeures de bois et dont la vieille église a été classée monument historique. Lieux de repos et de promenade pour les vacances estivales, Bellegarde et la Villette / lm Fang, offrent en hiver de sympathiques champs de ski. Des chalets, de petits hôtels et des établissements d'hébergement pour groupes constituent les moyens d'hébergement mis à la disposition des hôtes. Lieu de promenade, avons-nous dit ! Bellegarde est en effet au départ de courses de montagne très appréciées des connaisseurs. La chaîne des Gastlosen attire de nombreux amateurs de varappe. Par le col des Euschels, une randonnée à la portée de tous, on rejoint la région du Lac-Noir, entrant ainsi dans le district de la Singine.

 
La chartreuse de la Valsainte à Cerniat

Défrichant les forêts, dès le treizième siècle, ils ont perpétué le message de Saint Bruno, fondateur de la Grande-Chartreuse en 1084, qui fit revivre le témoignage des Pères du désert, selon des règles immuables préservées jusqu'à nos jours. L'Ordre des Chartreux essaima dans toute l'Europe jusqu'à compter, à la fin du 15ème siècle, près de deux cents chartreuses, dont sept sur le territoire de la Suisse actuelle. La plus ancienne de notre pays était celle d'Oujon dans la Côte vaudoise, fondée en 1146. Suivirent La Valsainte en 1295, La Part-Dieu en 1307, puis La Lance près de Concise en 1317-1320, Thorberg près de Berne en 1397, le Val Sainte-Marguerite à Bâle en 1401 et Saint-Laurent d'Ittigen en Thurgovie en 1461. La Réforme fit disparaître la plupart des chartreuses: seules celles sises en territoire fribourgeois survécurent.

L'Ordre des Chartreux se caractérise par des règles strictes qui furent celles des anachorètes de l'Eglise primitive. II se distingue des autres monastères par la réunion de nombre de petites maisons qui sont les cellules des moines. Chaque cellule comprend un promenoir ou galerie, deux chambres pauvrement meublées, un grenier et un atelier ou laboratoire pour s'adonner aux travaux manuels. Elle dispose d'un petit jardin clos que le moine cultive à sa guise. La règle est donc celle de l'isolement, du silence et du recueillement. Le régime alimentaire est frugal: privation perpétuelle et absolue d'aliments gras et de viande. En fait, le Chartreux ne cesse pas de jeûner. Un régime austère mais sain. L'église du couvent reflète ce mode de vie: rien d'ostentatoire, ni richesse ni décor superflu. La liturgie même est fort ancienne, proche de l'ancien rite lyonnais du 11ème siècle introduit par Saint Irénée venu de l'Orient. D'où absence d'orgue et d'instruments de musique, seul le plain-chant grégorien sans accompagnement. La règle cartusienne s'est maintenue si pure qu'elle n'a jamais eu besoin d'être réformée.

L'isolement ne met pas à l'abri !

Située à 1025 mètres dans un vallon difficile d'accès, la Valsainte avait tout d'un refuge. Mais les remous de l'histoire la rattrapèrent. Les Chartreux se devant d'être pauvres parmi les pauvres, vivant frugalement, ne disposaient que des matériaux tirés des forêts et du terrain environnant. Les bâtiments construits de leurs mains n'étaient pas faits pour braver le temps. Des incendies les ravagèrent en 1381, 1601 et 1732. A chaque fois, les moines relevèrent leur chartreuse.

Mais une épreuve plus dévastatrice les attendait. Lors de la conquête du Pays de Vaud par les Bernois en 1536, Fribourg, dans leur sillage, en profita pour étendre ses possessions, y compris en faisant main basse sur les biens de l'évêque de Lausanne. A cette époque, le comte de Gruyère se trouvait pratiquement en état de faillite. Aux abois, il convoitait les biens des couvents situés dans ses domaines, La Valsainte et La Part-Dieu, et commença à exiger des prêts de ces monastères. II fit même emprisonner le prieur de La Part-Dieu qui avait fait évacuer son bétail par précaution hors du comté. Dès 1554, au départ du comte, les Fribourgeois lui succédèrent. La situation n'en fut pas meilleure pour les monastères qui troquaient un panier percé contre des grippe-sou. Jusque là les Chartreux avaient toujours géré librement leurs biens, mais, sous l'oeil inquisiteur de Leurs Excellences de Fribourg, ils durent rendre compte et payer de multiples redevances. Fribourg avait certes gardé la foi catholique, mais l'exemple des Bernois réformés faisant main basse sur les biens de l'Eglise aiguisait leur appétit. De plus l'évêché de Lausanne ayant été transféré à Fribourg, son titulaire cherchait à récupérer les biens ecclésiastiques confisqués précédemment par les Fribourgeois. Les chartreuses pouvaient servir de monnaie d'échange. Les moines furent dès lors en butte aux ingérences et tracasseries de l'Etat. Cela jusqu'à la spoliation de 1778.

Ce sombre chapitre est abondamment décrit dans l'ouvrage de Dom Courtray, Histoire de la Valsainte, paru en 1914. Le rôle de l'évêque d'alors, Nicolas de Montenach, n'est guère inspiré: allant jusqu'à prétendre que les aumônes distribuées par les Chartreux entretenaient la mendicité et la paresse des pauvres. Ayant obtenu du Pape Pie VI la suppression de la chartreuse, les délégués de Fribourg s'empressèrent de vendre son contenu, mais les habitants de la vallée de Charmey, indignés, se refusèrent à tremper dans un tel abus. La Chartreuse, abandonnée, était vouée à la destruction. Elle connut pourtant un répit à la Révolution, en servant de refuge aux Trappistes chassés de France, de 1791 à 1798 puis de 1803 à 1812. Suivirent l'abandon et la destruction jusqu'au retour des Chartreux en 1861.

Le long chemin de Croix des Chartreux

Les moines expulsés de la Valsainte trouvèrent refuge à la chartreuse de la Part-Dieu. Ils purent s'y maintenir jusqu'en mai 1848. Les radicaux venant de prendre le pouvoir à la fin du Sonderbund, ils suppriment les couvents et imposent une lourde contribution à La Part-Dieu. Les moines dépossédés sont dispersés. Lorsque les conservateurs reprennent le pouvoir en 1856, ils sont disposés à rétablir les monastères mais nettement moins à les dédommager pour les spoliations subies. Cinq ans s'écouleront avant que le Grand Conseil fribourgeois ne vote le rétablissement des
Chartreux, à une voix de majorité !

Les moines ne sont pas pour autant au bout de leurs peines, la Valsainte est en ruines et La Part-Dieu a été vendue à un Bâlois, puis a été rachetée par une famille russe de Lausanne. Elle est alors entre les mains de Catherine de Rumine, née princesse Schakovski. Elle n'est nullement disposée à se séparer de son bien et fait, du coup, démolir le cloître et les douze anciennes cellules des moines. Par la suite, la famille de Rumine en fera don à son notaire, Me Clavel, dont les descendants trouveront une nouvelle vocation, culturelle, à l'ancienne chartreuse.

Les Chartreux survivants, soutenus par leur Ordre, n'auront plus d'autre possibilité que de regagner la Valsainte et de s'atteler à l'énorme tâche de sa reconstruction. L'évêque du diocèse, Mgr Marilley en tournée pastorale dans la vallée en juillet 1864, ne pourra que bénir l'ancien cimetière profané. Ce n'est qu'en janvier 1867 que la première messe sera dite dans l'église restaurée. En 1885, la chartreuse est aménagée pour quatorze Pères et dès l'année suivante, des travaux sont déjà entrepris pour l'agrandir.

La politique anticléricale de la République française menace l'existence des ordres religieux. La Valsainte sera donc, par étapes, dotée de nouvelles rangées de cellules, jusqu'à pouvoir loger trente-huit Pères: l'église, le réfectoire et le cloître sont agrandis en conséquence, C'est qu'entre temps, en 1903, les moines ont été expulsés "manu militari" de leur maison mère de la Grande Chartreuse. C'est à cette époque que la Valsainte acquiert sa physionomie actuelle.

 

La modernité défend la tradition

La coopérative fribourgeoise des producteurs de fromages d'alpage

Très jeune encore, la coopérative met en place les outils qui devraient lui permettre de défendre le gruyère ou le vacherin d'alpage du Pays de Fribourg. Le périmètre de production est strict. C'est celui des producteurs de fromages d'alpage fribourgeois. La coopérative, qui va fêter sa première année d'existence, s'organise. Mais elle est forte de l'expérience de deux sociétés concurrentes qui se sont dissoutes en décembre 1998 pour rassembler leurs forces: la coopérative des producteurs de lait d'alpage et la coopérative fribourgeoise des fromages d'alpage. L'assemblée constitutive de l'unité a eu lieu le 1er décembre 1998 et rassemble 34 producteurs affiliés et d'autres membres propriétaires d'alpage. "Nous avons une centaine de membres" dit son président André Remy de Charmey.

Gestion et promotion

Avec des statuts qui déterminent bien les buts de sauvegarde des intérêts économique et social des producteurs de fromages d'alpage fribourgeois, la coopérative mise sur une qualité de haut niveau et l'encouragement de la fabrication au feu de bois. Elle s'engage aussi à la prise en charge des fromages durant le temps de maturation. II faut savoir que la production de gruyère est annuellement de 120 à 130 tonnes plus quelques tonnes de vacherin. "Nous nous occupons d'une part de la gestion commerciale entre producteurs et acheteurs et d'autre part de la gestion des caves" explique André Remy. Le premier volet de cette gestion passe par l'harmonie des prix et la participation active à l'Interprofession du gruyère pour lesquels la coopérative joue la courroie de transmission. Elle a d'ailleurs son siège à Pringy comme l'organisation faîtière.

Sur le plan pratique, l'encouragement des producteurs à la qualité se fait par un système de primes à l'intérieur même de la coopérative. En fait, chaque producteur verse un montant au prorata de sa production. Vingt centimes par kilo de fromage. Celui-ci lui est payé actuellement 10,90 frs. La prime ainsi constituée est redistribuée aux producteurs en fonction des points acquis par leurs fromages.

La coopérative loue trois caves à Charmey. Dès l'ouverture de la fromagerie de Pringy, elle en aura une à Gruyères. Trois personnes, dont une à plein temps, s'occupent de ces fromages qui sont pré-affinés durant au moins quatre semaines avant de partir dans d'autres caves pour y poursuivre leur maturation. La coopérative dispose de 1'500 places. Elle garde aussi la production hors contingent. Celle que les producteurs affinent pour eux et pour la consommation locale.

II faut sans attendre profiler le fromage des alpages fribourgeois sur le marché. Un label et un contrat de licence avec chaque producteur s'imposent. Un logo déposé sera appliqué sur les fromages. Une plaquette réalisée avec le Groupement suisse pour les régions de montagne présente les produits de la coopérative. "II n'y a plus de temps à perdre" conclut le président de la coopérative qui a choisi des méthodes modernes pour vendre un produit traditionnel.

 

Fondue moitié-moitié

Pour 4 personnes

400 g de Gruyère
400 g de Vacherin Fribourgeois
1 gousse d'ail
4 cuillères à café de maïzena (16g)
3 dl de vin blanc
Poivre
1 tombée de kirsch (facultatif)

Verser 3 dl de vin blanc dans le caquelon, y délayer 4 cuillères à café (16 g) de fécule de maïs, ajouter une gousse d'ail écrasée et faire cuire.
Incorporer le fromage râpé et faire fondre peu à peu en remuant constamment avec une spatule.
Selon vos goûts, ajouter du poivre et du kirsch. Dès que le mélange est bien crémeux, poser le caquelon sur le réchaud et veiller à ce que la fondue continue à cuire légèrement. Remuer ensuite la fondue avec la fourchette piquée de pain.


Fondue fribourgeoise

Par personne

250 g de Vacherin Fribourgeois râpé
1 dl d'eau tiède (ou de vin blanc)
Pain et/ou pommes de terre en robe des champs
Ail et poivre

Ajouter l'eau, laisser chauffer jusqu'à 50° C. Puis ajouter le Vacherin Fribourgeois râpé. Mélanger le tout.
Remuer de temps en temps avec une fourchette tout en maintenant la température entre 45° C et 50° C.
Attention! La température maximale est de 50° C. La fondue fribourgeoise est relativement épaisse (contrôler la consistance en laissant couler le mélange de la fourchette). La consistance peut être modifiée en y ajoutant de l'eau tiède.
Il est possible que vous n'ayez encore jamais goûté cette spécialité du pays fribourgeois. La fondue fribourgeoise se distingue de la recette conventionnelle notamment par sa consistance relativement épaisse et du fait qu'elle soit chauffée uniquement (max. 50° C), sans jamais être portée à ébullition. La fondue fribourgeoise est encore meilleure avec des pommes de terre en robe des champs qu'avec du pain.

 
Fromages, richesse et émigration

XVIIIe siècle, l'époque dorée de l'économie fromagère à Charmey

"... sans les fromages, les Fribourgeois et les Gruyériens seraient dans ce siècle fort embarrassés de leur existence". L'affirmation est d'un Charmeysan, François-Nicolas-Constantin Blanc, émigré à Paris. II l'écrit en 1779. L'économie fromagère prospère alors sur les montagnes de la Gruyère. Grâce à ses vastes alpages, le pays et val de Charmey est un centre de production et de conditionnement. Depuis la guerre de Trente Ans (1618-1648), le prix du fromage a régulièrement augmenté. Et le succès du produit semble perdurer.

Le volume de la production

On sait, à la meule près, combien de fromages sortent du "pays" à la fin du XVllle siècle. La production est, en effet, soumise à la perception d'un impôt. II est donc nécessaire d'en dresser un inventaire. Deux peseurs officiels procèdent à la pesée. Le curial établit dans le détail "l'état spécifique de la récolte des fromages fabriqués ou déposés rière le pays et val de Charmey". Dans le minutaire du notaire et curial Pierre-Léon Pettolaz, conservé aux archives de l'Etat, figurent les inventaires des années 1791 et 1792.

Ces précieux documents nous renseignent sur le nom des marchands, le nom des fruitiers, le nombre de pièces produites, leur poids en livres et le montant de l'impôt versé dans la bourse du pays.

En 1791, 29 marchands ont acheté la production de 96 fruitiers, soit 14'377 fromages pesant au total 679'054 livres poids de Charmey. L'impôt perçu se monte à 2'319 baches 3 cruches. Quelle est l'importance relative de cette production ? Seule une approximation est permise à l'aide du nombre des meules. Walter Bodmer estime que vers 1740, 5'000 tonneaux de fromage d'origine fribourgeoise passent par le péage de Vevey. Chaque tonneau contient 10 meules, soit donc au total 50'000 meules dont la production charmeysanne représenterait, grosso modo, entre un quart et un tiers.

L'inventaire prend en compte non seulement les fromages "fabriqués" dans le pays, mais encore ceux "déposés". Ceux-ci proviennent des bailliages de Bellegarde et de Planfayon et même du canton de Berne comme l'indiquent les chroniqueurs Blanc et Bourquenoud. Or, les communes de Charmey, Cerniat, Jaun et Planfayon possèdent aujourd'hui le 38 % des chalets du canton. L'estimation d'une production de 30 % sortant du "pays" au XVllle siècle semble plausible.

Les acteurs de l'économie fromagère

Les formes d'exploitation des alpages sont diverses. Toutes les combinaisons sont possibles entre propriétaires des vaches, propriétaires des montagnes et fruitiers. La situation la plus précaire est celle du fruitier à la fois admodiataire du pâturage et des vaches. Qui sont ces fruitiers qui occupent les 96 chaudières recensées ? Tous ou presque sont Fribourgeois. Seuls 9 sont Charmeysans. On exploite souvent en fratrie. Le fruitier attitré est le producteur responsable, mais il n'est pas sûr qu'il fabrique effectivement. L'inventaire indique comme fruitiers, "le curial Magnin", "le banneret Brecker", "Jean Sudan lieutenant d'Hauteville". Or ces notables exercent des fonctions permanentes au service de l'Etat. Ils ne peuvent donc fabriquer en montagne durant les mois d'été et sont certainement remplacés par un fabricant (fretê) qu'ils emploient. Des Charmeysans occupent peut-être ces places, voire des fonctions subalternes au chalet (barlatè, dzinyo, gouêrna-fre) ou au conditionnement des meules à la Tsintre. Blanc rapporte que "le soin nécessaire à la conservation de ces fromages, le loyer des magasins et les frais de transport jusqu'à Bulle produisent un bénéfice considérable et de l'occupation à la plupart des particuliers". En 1791, les plus gros fruitiers sont Louis Paradis de La Roche (399 meules) et Jean Joseph Guillet (327 meules). La production moyenne par fruitier est de 150 meules, soit la production d'une meule par jour.

Vers la mi-septembre, interviennent les marchands. Ils s'entendent pour fixer le prix d'achat du fromage. Sur le marché de Lyon, où les marchands ont déposé leurs marques à la suite d'une procédure compliquée, leurs commissionnaires, leurs procureurs s'assemblent de même pour déterminer le prix de vente. Ils tentent de diminuer le risque financier du négoce.

Vingt-neuf marchands ont acheté les 14'377 meules. Le plus important acheteur est Jean-Laurent Kolly de Praroman (1'945 meules). Sa famille est dans le négoce depuis le début du XVllle siècle. Mais, les Charmeysans dominent leur propre marché. Louis Remy, du hameau des Ciernes, a acheté 1'432 meules de 7 fruitiers. Ses ascendants pratiquent aussi le négoce depuis le début du siècle. Les Pettolaz sont en surnombre. D'abord, François Pettolaz (1731-1806) de la ferme du Gros Plan au hameau du Praz qui achète 1'304 meules. C'est un personnage charismatique de la région. II sera admis dans le patriciat en 1787 et construira une superbe maison à Charmey. Puis, Félix Pettolaz (1744 - 1794), son lointain cousin, qui s'est inscrit à la douane de Lyon en 1787 après s'être fâché avec son frère François-Joseph-Apollinaire. II s'est porté acquéreur de 1'215 meules. Son frère susnommé le suit de près (1'206 meules). II habite à La Tour-de-Trême. Avec son épouse née Corboz, il y a construit "la grande maison" à l'entrée du village. II vit ses dernières années de gloire, car, bientôt, il fera une faillite retentissante. II est patricien depuis les admissions de 1783. Enfin, Joseph Pettolaz (1738 -1793) de la ferme du Riau de la Maulaz au hameau du Praz, frère de François du Gros Plan, est acheteur de 1'037 meules. II n'a pas été accepté dans le patriciat en 1787. II n'en a cure, car il est acquis aux idées nouvelles. C'est lui qui, en 1790, apporte dans la vallée la "Lettre aux communes", libelle incendiaire du Club helvétique de Paris.

Ces 6 premiers marchands ont acheté la moitié de la production. Les 23 autres se partagent le reste. Les Niquille ne sont plus que de petits acheteurs. Peut-être ont-ils senti le vent tourner avec le développement des "événements de France". Les noms de Bourquenoud, Chollet, Favre, Fragnière et Villermaulaz, cités au XVlle siècle, ont disparu.

Ces "barons du fromage" font la pluie et le beau temps, car de leur bon vouloir, de leur habileté, dépend le revenu des autres: propriétaires d'alpage, propriétaires des vaches et fruitiers. Le succès financier de l'entreprise est leur affaire, peut-on dire. Encore y a-t-il une hiérarchie dans la répartition du bénéfice. En effet, "la perte retombe toujours sur les plus malheureux, car les possesseurs des montagnes, par privilège spécial sur les fromages, sont toujours les premiers payés". Les fruitiers sont du mauvais côté de la chaudière!

Les caves de la Tsintre

Une telle production exige des mesures de conditionnement. C'est le rôle des caves du hameau de la Tsintre, une curiosité qu'on montre fièrement aux voyageurs. A Bridel, par exemple, qui passe à Charmey durant l'été 1797. Le pasteur narre ses impressions dans un écrit de voyage: "Le pont de la Tsintre sur la Jogne est des plus pittoresque; dans les bâtiments du voisinage, on peut voir en été plusieurs milliers de fromages, qu'on sale et qu'on soigne avant de les envoyer plus loin; c'est l'entrepôt général d'une foule de bergeries, qui y versent leurs produits, dont le commerce s'empare bientôt pour les répandre dans toute l'Europe et les faire passer jusqu'aux deux Indes".

La Tsintre est située à proximité de productions fromagères d'une vaste région: Motélon, Petit-Mont, Gros-Mont, DentsVertes, Berra mais aussi, comme déjà dit, bailliages de Bellegarde, de Planfayon, voir canton de Berne. Plus de 100 fruitières déversent leurs productions aux caves d'affinage. C'est aussi un lieu de passage forcé. Bridel parle du caractère "pittoresque" du pont construit et entretenu à grands frais. C'est aussi le seul lieu de transit sur la Jogne en direction de multiples chalets; le lieu de départ des productions par le seul chemin un peu carrossable. Ainsi, se crée un véritable marché autour de ce passage.

La Tsintre se prête au rôle qu'elle est appelée à jouer. Situé aux confins d'un vanel (un passage étroit de la vallée de la Jogne), le hameau est durant l'été protégé des vifs rayons du soleil. Un vent local, "le ruhio", ajoute à la fraîcheur, favorable à la bonne maturation des meules.

Le cabaret de Claude Niquille, dit le bailli, crée de l'animation. Les "barlatè" le fréquentent assidûment. Pour les armaillis conduisant leur bétail vers les pâturages du Gessenay, Boltigen ou Zweissimen, l'arrêt d'étape est la Tsintre. Le même cabaret connaît une grande animation à la mi-été, à la fête de la Saint-Jacques. Elle frappe l'esprit des chroniqueurs, comme François Bourquenoud: "Le jour est comme une espèce de vogue du hameau de la Tsintre, le concours d'un grand nombre d'étrangers qui viennent à cette époque visiter leurs bestiaux dans les Alpes, détermine un rassemblement considérable qui joint à la jeunesse du pays toujours avide de plaisirs, occasionne une fête qui se termine presque toujours par quelques batteries".

Vers la Saint-Michel, le hameau est en ébullition. C'est l'époque du chargement et de l'envoi du fromage. Avec le transport de plusieurs milliers de meules, on imagine l'animation. Beaucoup de mulets et de chevaux, clochette au cou, assurent ce transport de la Tsintre à Bulle, voire jusqu'à Vevey. De longues caravanes sillonnent la vallée par la route escarpée. On suppose aussi l'orgueil des marchands, les barons de ce négoce, au défilé de leur commerce.

La fin de l'autarcie

La vente du gruyère, pratiquée en gros à partir du XVlle siècle, enrichit plusieurs familles. Ces nouveaux riches imitent, en certaines manières, les patriciens de Fribourg. Comme eux, ils construisent des chapelles. Mais, l'accès au patriciat reste, pour eux, fermé. Après la révolte de Chenaux seulement, trois importants commerçants, tous de la famille Pettolaz du hameau du Praz, sont admis dans le patriciat.

Peut-être, n'est-ce point là leur souci cardinal. Les commerçants ont une préoccupation essentielle: la liberté de pratiquer leur négoce. Le gouvernement de LL.SS.EE a tenté de le monopoliser entre 1663 et 1667. L'expérience a échoué.

L'économie fromagère a ses exigences. Elle réclame des pâturages, toujours plus de pâturages. Leur développement se fait au détriment des terres à blé et des communs qui nourrissent la population. Ce phénomène est si grave que le gouvernement a tenté en 1750 d'enrayer cette tendance par ordonnance. En vain. A Charmey, l'individualisme agraire et l'enclosure se sont très tôt imposés. Signe des temps, c'est l'assemblée des communiers qui prie le gouvernement en 1786 de supprimer la dernière foire à bétail du pays. Elle ne sert plus qu'au divertissement. En bref, l'économie d'exportation remplace progressivement l'économie de subsistance. Le commerce détruit peu à peu l'autarcie du pays et val de Charmey. A la fin du XVllle siècle, c'est la crise. Le pays n'est plus capable d'entretenir sa population. Les jeunes s'engagent en masse dans les armées étrangères. Des familles émigrent en France où elles se mettent à fabriquer du comté, copie conforme du gruyère.

Le constat social est douloureux. Des témoignages l'attestent, comme celui du curial Pettolaz. Dans une correspondance avec le Zurichois Hans-Gaspar Ott, il décrit les méfaits du commerce du fromage: "Dans une république, la magistrature seule élève un citoyen au-dessus de l'autre; hors d'elle, tous doivent rentrer dans l'égalité. Mais le commerce tend à briser les barrières de cette égalité ... Nous en faisons la triste expérience dans notre canton où le commerce des fromages est presque le seul que nous connaissons. II a, cependant, ruiné l'agriculture, détruit la population et introduit tous les maux qui viennent de la subite abondance de l'argent et de sa disparition presque aussi prompte, fruit d'un luxe outré en tous genres, qui a gagné toutes les classes, infectés presque tous les individus et qui nous a mis dans une crise des plus alarmantes, relativement aux moeurs et même à notre propre subsistance". Dans un autre courrier, il évoque "la dépopulation effrayante de la Gruyère fribourgeoise". François-Nicolas-Constantin Blanc insiste dans ses "Notes historiques", sur les effets pervers de la "liaison intime" avec la France: luxe de la table et des habits, galanterie, besoins nouveaux, émigration, vices divers. Sa conclusion est pénible: "Je crois nécessaire d'ajouter à toutes ces raisons que l'ivrognerie a contribué pour le moins autant que les autres vices à dépouiller nos pères de la plus grande partie de leurs montagnes. Elles sont devenues, au moins les meilleures et les plus considérables, le patrimoine de la noblesse et des familles patriciennes, destinées à avoir sur nous tous les avantages depuis un siècle; elles ne laissent aux sujets du canton que le triste souvenir de n'avoir pas su se mieux conduire".

Un témoignage abrupt est celui de Jean Niquille, exclu des armées françaises et rentré à Charmey la tête infatuée des principes jacobins. Aviné, Niquille aurait prétendu, dans un estaminet, "que son pays était maudit du ciel, qu'il n'y avait que des montagnes incultes, des chemins abominables et ce qu'il y avait de pire, un gouvernement plus affreux que tout cela".

Ces témoignages confirment l'importance des effets socio-économiques de l'exportation fromagère, omnipotente pendant un siècle et demi. Le commerce permet l'ouverture sur l'extérieur d'une région comme Charmey, confinée dans ses montagnes, avec des "chemins abominables". Elle provoque aussi, pour la première fois, une certaine expansion économique. Elle l'enrichit, mais d'une façon inégale, laissant sur la touche un lot de malchanceux forcés à l'émigration.

 
Entre histoire et légendes

La maison des comtes de Gruyère à Charmey

Il y a trente ans, le Musée gruérien a récupéré, dans l'urgence d'une démolition, divers éléments d'une maison de Charmey où se rencontraient histoire et légendes.

Cette maison était celle de l'ancienne "Coop", située au centre du village, en bordure de la route principale. La société propriétaire ayant décidé de la remplacer par une nouvelle construction mieux adaptée à sa fonction commerciale, la nouvelle "Coop" fut inaugurée le 11 décembre 1969. Le commerce fut transféré en 1987 déjà dans un centre commercial, à l'entrée du village. Aujourd'hui, on ne peut que regretter la disparition de l'ancienne maison, une perte considérable pour le patrimoine architecturale et historique de Charmey.

Au printemps 1969, M. Henri Gremaud, conservateur du Musée gruérien, apprenant la prochaine démolition de la "Coop", se souvint que, selon la tradition, cette maison aurait été un "relais de chasse" des comtes de Gruyère. II avait aussi en mémoire une anecdote publiée dans les "Alpenrosen" en 1823 à propos du "drame de l'Epenettaz", un duel entre deux Charmeysans, anciens Cent-Suisses, pour l'amour d'une fille. "Le souvenir de ce duel est peint en fresque sur la muraille d'une maison du village. L'un de ces champions s'appelait Remy, l'autre Gremion. A côté de cette peinture grossière, mais caractéristique, on en voit une autre qui représente un courrier à cheval, tenant en main une dépêche, et courant à toute bride pour annoncer au sénat de Fribourg la mort du comte Michel; mais il est poursuivi par une troupe de grues."

Hubert Thorin écrivait dans sa "Notice historique sur Gruyères" en 1881: "II existe au village de Charmey, en face de l'Hôtel du Sapin, un ancien bâtiment que l'on dit avoir été dans le temps une maison de chasse des comtes de Gruyère. Sur la façade extérieure de ce bâtiment, l'on voyait, il y a un certain nombre d'années, une peinture à fresque représentant un homme à cheval, d'un costume antique, courant à bride abattue, entouré et poursuivi d'un vol de grues."

Pensant que cette maison pouvait être celle promise à la démolition, H. Gremaud obtint de la société coopérative l'autorisation de faire procéder à des sondages sur la façade. Ceux-ci, commandés par la Commission cantonale des monuments historiques, ne donnèrent aucun résultat. La fresque au cavalier entouré de grues avait-elle disparu lors d'un ravalement de la façade ? Quant à la scène du duel de l'Epenettaz, elle se trouvait peut-être sur une maison écroulée en 1837.

Au début juin 1969, on entreprit la démolition du bâtiment sans avoir fait de sondages à l'intérieur. Au premier étage donnant sur la rue, la plus grande chambre avait des boiseries du dix-septième siècle s'inspirant de modèles urbains. Elle était pourvue d'un plafond à faux caissons et d'un plancher en carreaux de chêne et sapin. Le chambranle de la porte principale était orné de pilastres et d'un entablement de style Renaissance. La chambre était équipée d'un poêle en faïence du début du XIXe siècle, probablement réalisé dans un atelier bullois. On accédait à cette chambre par un corridor pourvu de boiseries plus simples mais élégantes. Derrière d'autres boiseries, on pouvait lire l'inscription "Bugnard organiste" et la date 1874. A l'étage supérieur se trouvait une petite chambre aux magnifiques boiseries et filières ouvragées, dans le style régional, que l'on peut dater du début du XVlle siècle. Toutes ces boiseries furent récupérées parle Musée gruérien, dans des conditions difficiles. Malheureusement, il était écrit qu'elles ne devaient pas passer à la postérité: la plus grande partie furent détruits dans l'incendie d'un dépôt du Musée gruérien en 1988.

La dépose des boiseries du premier étage révéla des surprises. Ce furent d'abord trois panneaux de sapin mesurant chacun environ 210 cm de hauteur, 80-90 cm de largeur et épais de 4 cm, sur lesquels étaient peintes la Crucifixion, la Résurrection et l'Apparition du Christ à Madeleine. Ils sont actuellement exposés au Musée gruérien. Celui de la Résurrection porte la date de 1568. Les scènes semblent avoir eu pour modèle des gravures sur bois contemporaines. Le dessin est fortement souligné, mais suggère à peine les volumes, et la couleur est apposée en aplats. Le même artiste est l'auteur de peintures sur panneaux de bois retrouvées en 1976 dans une maison de Charmey proche de l'ancienne coopérative. Elles représentent deux scènes de la Crucifixion, une Résurrection, un Saint-Michel au Jugement dernier et une Apparition à Madeleine. Cette dernière est presque identique, dans sa composition aussi bien que dans sa réalisation, à celle de la maison "Coop".

Les trois panneaux n'étaient peut-être plus à leur emplacement originel mais il n'y a pas de raison de douter que les peintures aient été faites pour cette maison. Au milieu du XVIe siècle, il n'était pas rare de trouver de telles scènes religieuses dans des maisons civiles de la région. Plusieurs ont été découvertes en ville de Gruyères, tantôt peintes sur bois, tantôt à même le mur.

Derrière d'autres boiseries, on mit au jour des peintures murales et des graffitis gravés dans la chaux. La première scène peinte représente un soldat auquel une femme tend un verre. Les deux personnages portent les habits à la mode vers 1550, époque de la réalisation de cette peinture. II s'agit là d'un thème iconographique typique du milieu du XVIe siècle. On le rencontre, en Suisse, sur des peintures murales aussi bien que sur des vitraux civils. II est interprété comme une manifestation de bienvenue au soldat qui revenait de la guerre. II fut aussi utilisé dans des auberges.

La deuxième scène, qui est contemporaine de la première mais peut-être pas de la même main, représente un soldat tenant une épée dégainée faisant face à un gentilhomme dont l'épée est au fourreau. Près du visage de celui-ci est tracée une inscription en allemand non déchiffrée. Entre ses pieds, on distingue un écusson dont les armoiries sont illisibles. A droite de cette figure apparaît un petit personnage qui pourrait avoir été peint ultérieurement.

Ces deux peintures ont été retrouvées en mauvais état. Outre les dégâts dus au temps et les trous occasionnés par la fixation des boiseries qui les ont recouvertes, on constate la présence de nombreux graffitis et surtout des déprédations intentionnelles aux visages des hommes de la deuxième scène.

En juin 1969, ces deux peintures ont été détachées du mur, dans la précipitation, alors que le bâtiment était déjà en grande partie démoli. Les fragments récupérés sont conservés au Musée gruérien, de même que des graffitis qui se trouvaient dans les embrasures des fenêtres. Ceux-ci, gravés avec une pointe, sont particulièrement intéressants. De multiples dates y figurent, qui s'étalent de 1534 à 1571. On se trouve donc à cheval sur l'année 1555 qui marque la fin du comté de Gruyère. Outre de nombreux phallus, l'écu fribourgeois et des signes incompréhensibles, on peut lire des expressions qui ne manquent pas de saveur: "Qui bien aime (...) est digne d'avoir amye"; "En dehors des ennuyeux. Je seres toujours joyeux". A côté d'un globe terrestre, la croix tournée vers le bas: "O monde retourne toy". Que faut-il penser de cette tradition selon laquelle cette maison fut "un relais de chasse" des comtes de Gruyère? On ne peut que regretter de ne pas disposer d'analyses archéologiques qui auraient étayé le dossier. Quelques déductions peuvent néanmoins être faites à partir de la documentation disponible.

Les peintures murales et les graffitis confirment l'existence de la maison dans la première moitié du XVIe siècle, au temps des comtes de Gruyère. Elles attestent aussi le caractère exceptionnel du site. Parmi les graffitis apparaît à deux reprises la signature "Sainct Germein", l'une d'elles accompagnée de la date 1548. II s'agit ici d'un représentant d'une famille noble proche de la dynastie comtale, les sires de Saint-Germain. Cette famille a laissé son nom au bâtiment qui marque, à Gruyères, l'entrée dans le bourg supérieur. D'autre part, on sait que lors du rachat de la moitié du comté, le gouvernement de Fribourg fit don à la commune de Charmey, en 1555-1556, de la maison que le comte y possédait pour en faire la maison de ville. S'il est admis que cette demeure fut bien propriété des comtes, le doute continuera à planer sur son usage: fonctions administratives et judiciaires, relais de chasse, voire garçonnière si l'on veut entretenir la tradition qui envoie à Charmey le comte de Gruyère "chercher amye", au désespoir de la comtesse qui le voyait partir par la charrière de "Crève-Coeur" ?

Devenue propriétaire de la maison des comtes, la commune l'affecta à plusieurs usages, comme le donnent à penser les panneaux de 1568 et les graffitis. On y exerça peut-être la justice du "Pays et val de Charmey" puisque, sur le plan de 1756, on peut voir, devant cette maison, un pilier qui pourrait avoir été le pilori, à côté d'un crucifix. Autour de 1600, comme dans beaucoup de maisons de Gruyères, on recouvrit les murs de boiseries pour s'adapter au refroidissement du climat autant qu'à la mode. On opta alors, dans ce bâtiment public, pour un décorde style Renaissance tel que l'on pouvait en voir à Fribourg. Plus tard, la maison fut cédée à des particuliers.

Une étude systématique des sources permettrait peut-être d'affiner notre connaissance de la destinée exceptionnelle de cette maison si chargée d'histoire et dont les quelques éléments conservés font encore regretter la disparition.

 
Un méfait de Catillon

Vous qui ne l'avez point vue, tracez le signe de la croix, comme le faisaient nos grands-mères quand elles la rencontraient. Vous qui ne l'avez point connue, remerciez-en Dieu ! Vous qui n'avez pas eu à souffrir de ses maléfices, estimez-vous heureux! Catillon a été la plus méchante des sorcières dont le pied ait jamais foulé le sol de la verte Gruyère.

Etait-elle assise sur une pierre, sur un vieux tronc, alors elle gesticulait, remuait, se balançait, se dressait, se tournait, se retournait et, à chaque instant, partait d'un grand éclat de rire. Avec qui riait-elle ? Avec le malin esprit, visible à elle seule. Se promenait-elle le long d'une charrière écartée... elle allait jasant, parlant, interpellant et répondant. Vous la croyiez seule ? Illusion... à qui parlait-elle ? Le malin, qu'elle seule voyait, l'accompagnait. De loin, on la voyait sauter et danser au milieu du chemin. Avec qui dansait-elle ? Avec le malin qui lui servait de galant. La nuit, seule dans sa maison, située au coin de la forêt, au bord de la Sarine, en Pontet elle tempêtait, grondait, blasphémait comme une possédée. Avec qui se chicanait-elle ? Avec l'"autre", son amoureux. Il y avait brouille et guerre au logis parce qu'il ne voulait pas céder à ses caprices, lui donner le pouvoir de faire tout le mal qu'elle aurait voulu commettre.

Comme vous le constatez : en tous lieux, de jour et de nuit, Catillon était avec l'"autre" et elle ne servait que lui.

La sorcière s'était donnée corps et âme au démon. C'était donc un vrai diable de l'enfer vivant sur terre. Vous qui ne l'avez pas connue, bénissez le Ciel! En contre-partie, elle avait reçu un grand pouvoir sur terre et dans les airs. Ecoutez l'histoire d'un de ses méfaits. Jean de Rothengarten, bailli de Corbières et patricien de Fribourg, s'en revenait un soir de la contré de Charmey où il avait chassé toute la journée. Il s'apprêtait à descendre le « tsemin di fochi » au-dessus de Botterens, non loin du château de Montsalvens, quand soudain il sentit un vent chaud lui brûler la figure et entendit passer un vol de bécasses laissant derrière lui une vive lumière. Suivant des yeux ce rayon lumineux, il remarqua un grand feu qui éclairait une clairière au pied des murs du vieux castel. Il accourt, croyant y trouver les bécasses que la lueur avait certainement dû attirer. Arrivé au bord de cette clairière, il aperçoit un diable noir, de stature imposante, aux cornes et aux jambes de bouc, surveillant un grand feu. D'horribles mégères à califourchon sur un balai surviennent aussitôt et mettent pied à terre. Toutes se prosternent et saluent l'horrible personnage ; puis, elles se mettent aussitôt à danser une sarabande infernale autour de l'immense brasier, chantant ou plutôt hurlant des airs discordants et diaboliques.

L'une d'elles était Catillon, la Touacha, la tordue, comme on la surnommait dans le pays. Monsieur le bailli l'avait vue et reconnue à sa bosse. Bien que brave et hardi comme un vieux chasseur, Jean de Rothengarten fut saisi d'une grande frayeur; tout tremblant, il recommanda son âme à Dieu et tomba, à la renverse, inanimé. Il ne reprit ses sens que le lendemain matin, mouillé, trempé et grelottant de froid dans l'herbe givrée.

Avait-il été le jouet d'un rêve, la victime d'un cauchemar ? Sa pauvre cervelle embrumée avait-elle été ébranlée par un choc violent ? Non, ce n'était, hélas, que trop vrai : il avait été le témoin d'une terrifiante scène. L'image de Catillon était bien gravée dans sa mémoire; il l'avait réellement vue avec son visage aux yeux perçants et sa bouche tordue par un continuel rictus. Il avait parfaitement reconnu sa voix aigre et glapissante.

Se regardant lui-même et jetant un coup-d'oeil attentif autour de lui, il n'eut plus aucun doute. Il avait assisté à la "chèta" (réunion nocturne de sorcières ou de démons qui dansent en faisant grand bruit) et Catillon en était. On lui avait même joué un tour si diabolique qu'il ne pouvait être que l'oeuvre de cette sorcière.

Les deux chiens, qu'il tenait en laisse, avaient fui ; il ne lui restait plus qu'un bout de lanière dans les mains, son chapeau avait disparu aussi, sa pipe n'était plus dans sa poche. De fusil, pas trace, et le lièvre qu'il devait avoir tiré la veille avait quitté la gibecière.

Quelle conduite inconvenante et inqualifiable à l'égard d'un bailli de Corbières, patricien de Fribourg ! Le pauvre Monsieur de Rothengarten atterré, suffoquait d'indignation. Quelle sorcière, cette Touacha ! L'insigne dignité baillivale à lui conférée par les "Illustres, Magnificques et redoutés Messeigneurs de Fribourg - il ne le comprenait que trop - ne lui permettait pas de traverser des villages aussi importants que Botterens, Villarbeney et Villarvolard en aussi piètre tenue.

Sans plus tarder, il dévale donc la pente rapide de la forêt et par les sentiers les plus courts, gagne les bords de la Sarine.

Après avoir suivi tous les tours, détours, contours et sinuosités de ses berges pendant cent quinze minutes, toujours dissimulé dans les broussailles, il gravit le petit sentier entre les "Planches" et les "Râpes" et arrive enfin au pied du château de Corbières, donnant Catillon au diable et le diable à l'enfer, se réservant à lui une vengeance exemplaire. Il arrive ! Tout le monde, même Madame la Baillive, était parti à sa recherche, bien loin des rives capricieuses de la Sarine. Seuls, ses deux chiens et compagnons de chasse le reçurent par de joyeux aboiements.

Sur ces entrefaites, survient un paysan de Charmey. Il lui rapporte son grand tricorne, de tout le monde bien connu. Puis, c'est son ami, le curé de Crésuz, qui a trouvé sur le chemin son "tserpin" (briquet) et sa pipe à cul-de-fer. Vers onze heures, Litzis, le braconnier, remet au bailli son fusil qui avait le beau nom de J. de Rothengarten gravé sur une plaque d'argent. Enfin, vers midi, Madame la Baillive et ses gens rentraient au château. Ils viennent de retrouver, non le représentant de Messeigneurs de Fribourg, mais son lièvre.

Notre brave charmeysan avait aperçu le chapeau au fond du ravin, à l'extrémité du pont du Javroz. Le curé de Crésuz, en venant sonner l'angélus, avait trouvé, sur l'escalier, devant l'église, pipe, amadou et briquet, tout comme si quelqu'un s'était assis sur les marches pour allumer sa pipe et fût parti en oubliant tout. Litzis avait découvert le fusil de chasse près de l'auberge de Châtel-Crésuz, appuyé contre la haie du jardin, en face de la fenêtre de la gentille et belle Frantzon. Il espérait bien la remise d'une vieille amende non encore payée, et celle de son fusil que Monsieur le bailli lui avait confisqué l'année précédente.

Le lièvre avait quitté la gibecière dans le bois du Pâquier du Sindey, mais il n'était pas allé plus loin. Une brave fille, Marion de Chastel, qui récoltait des champignons, l'avait ramassé avec le billet suivant qu'il portait au cou et qui disait: A Son Excellence Monseigneur le Bailli,

Votre humble et dévoué serviteur prend la respectueuse liberté de vous adresser ce bref message. Il convient à votre haute charge, Monseigneur le Bailli, et à votre réputation de bon chasseur, de ne pas rentrer à votre château la carnassière vide. Au cas où la chance, encore une fois, ne daigne pas vous sourire, j'ai déjà tout prévu: j'ai tiré le présent lièvre. Si vous venez aujourd'hui chasser en pays de Charmey, comme vous me l'avez mandé, mon fils, homme d'une discrétion à toute épreuve, se chargera de vous le remettre sans qu'âme qui vive s'en aperçoive.

Soyez persuadé que ce sera pour moi un grand honneur si vous daignez accepter ce modeste témoignage de ma profonde reconnaissance.

Daignez agréer, Monseigneur le Bailli, les hommages respectueux de votre humble serviteur, N. Niquille, métral de Charmey.

Lecture faite, Marion s'était empressée de rentrer chez elle, de mettre tablier des dimanches et seyant bonnet, pour aller rapporter le fugitif à son maître, quand elle rencontra en chemin noble Dame de Rothengarten à qui elle remit, avec sa plus gracieuse révérence, lièvre et billet. Madame la Baillive, une fois renseignée, renonça à faire de plus longues recherches et revint sur ses pas. La colère de Jean de Rothengarten ne connut plus de bornes quand sa femme lui apporta le lièvre accompagné du dit billet. Aussitôt, il appelle ses gens d'armes et leur donne ordre d'emprisonner immédiatement Catillon la mégère. Mais la rusée avait mis de l'espace entre elle et le château de Corbières. En attendant, le lièvre fit un délicieux civet. Mais on le mangea sans dire un mot des circonstances dans lesquelles il passa de vie à trépas... Pourtant, Madame la Baillive, avec un petit air pincé, ne pu se retenir de dire à son mari : "Puisque votre métral de Charmey est si complaisant, ne pourrait-il pas, la prochaine fois où vous irez à la chasse, vous offrir un lièvre déjà dépouillé ? Cela épargnerait bien du travail à notre servante"...

Si on n'en parla pas à table, on en jasa d'autant plus dans tout le pays de Charmey, à Fribourg, où on se gaussait du bailli-chasseur.

Aussi sa colère se changea-t-elle en une haine implacable contre la Touacha, non pas tant à cause de la nuit passée près de la clairière de Montsalvens qu'à cause de la missive indiscrète du trop complaisant métral de Charmey.

Quelques années plus tard, quand Catillon fut déférée au tribunal, sous l'inculpation de sorcellerie, protocoles et jugements furent tous muets sur le tour joué à M. de Rothengarten. Il est permis de supposer qu'il pria son successeur de n'en point faire mention pour ne pas remettre en question sa réputation d'excellent chasseur !




© Copyright CsetID 2009 Création de site internet - Partenaire du portail Tofreebourg - Mentions légales - Plan de site - Logiciels à télécharger